02 mars 2007
A mon fils Jean
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03 mars 2007
Mon fils
Hôte de mon corps pendant 8 mois, complice de ma vie depuis 15 ans aujourd’hui, il traverse le monde qui l’entoure avec un regard amusé et bienveillant.
Je n’ai jamais eu le sentiment de l’avoir conçu mais plutôt de l’avoir invité à partager notre monde, il est pour moi un être à part entière que personne ne possède.
Je lui raconte la vie, les gens, la justice, la morale, essayant de tempérer ses jugements excessifs, il écoute et fait ses mélanges dans sa tête, construisant ses propres valeurs.
Il a tellement de gentillesse en lui qu’on le sent fragile et sans défense, mais il est aussi insaisissable que doux, une paroi lisse contre laquelle les griffes n’ont pas de prise.
Il a vécu ses trois premières années seul isolé dans une maison au fond des bois au milieu des chiens et des chevaux et c’est étrangement l’être le plus sociable que je connaisse. Les adultes rêvent de l’avoir comme fils, les enfants comme grand frère, seuls ses profs redoutent son détachement à toute épreuve.
Bien que foncièrement indépendant, il est en permanence entouré et aimé d’une ribambelle d’amis. Pourtant, quand il ne s’isole pas pour écouter de la musique, son plaisir essentiel est de passer des heures sous l’eau avec des bouteilles d’oxygène.
Il ne connaît que l’amour et même si sa force grandit un peu plus chaque jour, je lui souhaite d’entrer dans sa vie d’adulte sans jamais avoir à sortir les armes.
27 avril 2007
Un rêve : Traquée
Quelqu’un veut entrer
Je ne l’ai pas vu, entendu probablement ou juste senti peut-être
En tout cas, je sais qu’il est là et qu’il me traque
Un couloir au milieu, des fenêtres de chaque côté, une porte au bout
Je cours pour tout verrouiller
Chaque fenêtre une à une, puis la porte
Il fait sombre
J’ai tout fermé, les yeux, les oreilles puis la bouche
Je suis essoufflée, je m’accroupis dans la pénombre, recroquevillée entre mes bras
Le calme revient en moi
Je serre ma tête entre mes mains et, au milieu de la forme ovale de mon crâne, deux grands yeux me regardent
Il est entré !
Je me réveille en sursaut
Qui est-il ?
Je ne veux plus rêver ça
Juste dormir, tranquille
18 juillet 2007
Un rêve : Le monde du dessous
C'est un paysage de conte de fées, les arbres ont des cimes tellement hautes qu'ils forment un toit au dessus de nous, il y a des lianes et des lierres qui pendent un peu partout, sur les tronc, sur les branches, et la brume suspendue laisse apparaître de fines toiles d'araignées reliées entre elles.
Nous sommes plusieurs à nous déplacer sur le sol meuble recouvert de mousse, presque marécageux, prenant garde à chaque pas de ne pas nous enfoncer. Je ne connais pas ces gens qui m'accompagnent, ils avaient certainement des visages quand je partageais ces moments avec eux, mais ils se sont effacés maintenant. Nous échangeons quelques mots de temps en temps, je me souviens de notre lassitude, du besoin de nous arrêter et de la crainte de le faire en ce lieu.
Des voix montent de la terre, assourdies, murmures à peine perceptibles mais pourtant bien présents dans cette forêt qui paraît sans vie.
Personne ne cherche à savoir d'où viennent ces sons, comme si certaines choses ne devaient pas être dites.
Ceux qui sont épuisés s'assoient à même la terre ou s'appuient le long d'un tronc, et je suis seule à voir que les voix qui émanent du sol changent quand l'un d'eux s'approche d'un trou entre deux rochers ou d'une fente au creux d'un arbre. Un souffle s'active alors à l'entrée de l'orifice, attisé par cette présence et se mue en une aspiration violente qui entraîne le malheureux promeneur au fin fond des entrailles de la terre, dans une apothéose de hurlements stridents.
Puis le tumulte cesse et les murmures reprennent alors leur plainte étouffée.
Personne ne prête attention à la disparition d'un de leurs compagnons et je les vois, impuissante, s'enfoncer un à un dans ce gouffre qui les aspire.
Je ne peux pas leur parler pour les prévenir et malgré la panique qui me gagne, je suis condamnée à regarder avec passivité cette multitude d'ouvertures qui engouffrent, l'un après l'autre, tous les gens qui m'entourent.
Je sais déjà que mon tour va venir et la panique me réveille en sursaut, haletante, ne réalisant pas encore ma chance d'avoir échappé à ce rêve.
27 juillet 2007
Mon fils s'est donné la mort
Je n'existe plus
De mon ami :
Des lettres de douleur m'envahissent et m'arrachent la poitrine. Et j'ai mal. J'ai mal de sentir souffrir la femme que j'aime, blessée,assassinée dans sa chair et dans son âme. J'ai mal de ces vies brisées, de ces vies gâchées. J'ai mal d'avoir mal.
Le fil ténu de la vie a été arraché. A peine tissé. Irrémédiablement brisé soufflant des tempêtes que rien ne pourra ruiner, détruisant tout sur son passage sans espoir de reconstruction. Libérant un cataclysme de douleurs et de larmes.
Un fil rompu qui conduit au voyage. Un voyage qui nous attend tous. Vers des ailleurs indescriptibles.
Mais pas comme ça ! Pas ici ! Pas ainsi ! Pas maintenant !
Mais même la sourde révolte contre l'injustice ne saura apaiser la douleur qui explose puis ruisselle tout doucement comme un acide pour ronger en entier, le corps, l'esprit et l'âme pour ne plus jamais les quitter.
Je voudrais être magicien pour détourner le temps de sa fuite, dire qu'il ne s'est rien passé, écarteler l'espace pour le remettre à sa place, à l'endroit qu'il n'aurait jamais du quitter. Je voudrais être magicien pour rendre les sourires, pour sécher les larmes, pour essuyer la douleur. Hélas...!
Reste le souvenir. Et l'absence. Tous deux lovés au fond de l'âme, dans chaque fibre du corps. Et l'Amour. Intact et inextinguible.
Reste ce grand espace invisible au sein duquel viennent se rejoindre tous les esprits qui construisent peut-être une grande humanité indicible.
Reste l'amour de ceux qui restent pour tenter de panser les blessures. Restent les rêves.
Reste le souffle qui murmure dans les arbres ces mots secrets que le vent emporte: ll faut tenter de vivre.
31 juillet 2007
L'enfant allant jouer dans les tombeaux
"Il peut avancer, parce qu’il va dans le mystère (Ne descend-il pas à cheval sur la rampe toute l’obscurité – tout ce qu’il ignore des siens, corridors oubliés depuis l’enfance.) Telle est la marche inverse de la notion dont il n’a pas connu l’ascension, étant, adolescent, arrivé à l’Absolu : spirale au haut de laquelle il demeurait en Absolu, incapable de bouger, on éclaire et l’on plonge dans la nuit à mesure. Il croit traverser les destins de cette nuit fameuse : enfin il arrive où il doit arriver, et voit l’acte qui le sépare de la mort.
Il ferme le livre - souffle la bougie – de son souffle qui contenait le hasard : et, en croisant les bras,se couche sur les cendres de ses ancêtres."
Igitur - Stéphane Mallarmé
03 août 2007
Questions à mon ange
Quand as-tu vu que les portes s'étaient entrouvertes ?
Quelle est cette chose si noire que tu as aperçu au fond de toi ?
Quand as-tu décidé de lui livrer bataille ?
Pendant combien de temps as-tu mené le combat ?
As-tu su en la voyant qu'il finirait dans cette terrifiante maison ?
Où as-tu puisé ta détermination sans faille ?
Est-ce l'amour qui t'a donné une telle force ?
De quel sinistre avenir voulais-tu nous protéger ?
Étais-tu serein quand tu as conduit le mal à la mort ?
Savais-tu qu'alors tu sacrifiais l'ange en tuant le démon ?
T'es-tu senti vainqueur à l'instant de ton dernier souffle ?
Voilà, j'arrête de te poser des questions parce qu'il y en a une dont je connais la réponse et c'est la seule qui compte : je sais que tu as retrouvé la paix maintenant.
05 août 2007
Il y a lui
Il y a ce coup de fil « ça ne va pas, il est mort, je ne sais pas » que j'entends sans cesse
Il y a ce « NON » que j'ai hurlé cent fois faisant trembler les murs de la maison
Il y a cet ultime espoir qui m'a donné la force d'y aller
Il y a cette feuille moitié noire, moitié blanche qu'il a griffonnée
Il y a cette certitude qui est venue remplacer le doute
Il y a ce geste si violent dont j'imagine chaque seconde
Il y a ce silence qu'aucune musique ne vient plus troubler
Il y a toutes ces pièces trop grandes sans lui
Il y a son père qui ne sait où trouver la force de ne pas le rejoindre
Il y a ces projets qui s'effondrent
Il y a ce demain qui n'est plus
Il y a tout ce temps qui me reste et dont je ne sais plus que faire
Mais
Il y a ces quinze ans d'amour et de bonheur intense que nous avons partagé
Et surtout
Il y a cette chance que nous avons d'avoir connu cet être d'exception
Et pour lui
Je me dois d'y arriver
18 août 2007
Une certaine idée du bien
J'aurais voulu aimer les gens, malgré la méchanceté, malgré la jalousie
J'aurais voulu leur échanger le mauvais contre le bon
J'aurais voulu montrer le bien à ceux qui me faisaient confiance
J'aurais voulu éclairer leur route de la lumière qui me guidait
J'aurais voulu être un modèle de droiture pour eux
J'aurais voulu être soldat pour défendre les causes justes
J'aurais voulu me battre aux côtés des opprimés
J'aurais voulu leur donner ma force pour les aider à survivre
J'aurais voulu être parfait dans tout ce que j'entreprenais
Mais je ne vois autour de moi que de la haine
Et la guerre fait plus de mal que de bien
Je ne suis que bonté et douceur
Je resterai intègre quoiqu'il m'en coûte
Ce monde n'est pas celui que je voulais
Je ne franchirai pas le seuil qui s'ouvre devant moi
Ne pleurez pas, c'est moi qui pleure de vous laisser ici
Gardez au fond de vous la force de l'amour qui m'animait
Suivez le chemin du bien sur lequel je marche à jamais
Je reste à vos côtés pour toujours
19 août 2007
Je crois
Je ne crois pas en Dieu, ni au diable
Je ne crois pas non plus à la réincarnation
Je ne suis pas sure de croire encore à l'Homme
Mais je crois en ces esprits d'exception qui nous illuminent de leur clairvoyance et de leur abnégation
Habités par l'amour des autres et par le don de soi
Je crois que la Terre a porté de tel êtres qui ont parfois su faire de grandes choses
Mais qui ont malheureusement parfois aussi, été anéantis avant que d'avoir pu les faire.
Nous devrions préserver ces êtres-là, leur permettre de vivre en dehors de la société,
Sans jamais les obliger à s'intégrer dans un monde dont ils ne font pas partie
Parce que ce sont eux qui nous montrent le vrai et que leur seule présence nous fait grandir
Nous n'avons rien à leur apprendre, juste à les écouter, ils savent déjà tout.
Nous l'avions devant nous, sans comprendre à quel point il était autre
Tous ceux qui l'ont côtoyé sont conscients aujourd'hui d'avoir eu cette chance de le connaître
Et ce malheur de le perdre.
Mais ces êtres-là ne disparaissent jamais vraiment
Et leur grandeur d'âme continue de nous guider, bien après eux.
